Bruxelles capital(e) étudiant(e)

Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités,

Si j’ai choisi de centrer mon discours de rentrée sur Bruxelles, capitale étudiante, plutôt que sur une conférence plus académique, c’est qu’il m’est apparu que les évènements accumulés ces derniers mois et surtout la perception de la rapidité de mutation du monde qui nous entoure imposait un discours de rentrée plutôt stratégique.

 

L’HISTOIRE ET LES VALEURS

Et je voudrais commencer par partager avec vous quelques réflexions de mise en perspective de ce qui nous arrive car, comme l’a dit Karl Marx : « Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre ». Force est de constater que nos difficultés d’aujourd’hui et les souffrances du monde qui nous entoure nous renvoient aux jours sombres de l’histoire contemporaine : la crise de 29 et son chômage chronique, avec en corollaire la croissance de la xénophobie, l’instabilité politique et la montée des extrêmes, le repli sur soi et la difficulté à se projeter dans l’avenir. On peut aussi oser un lien entre l’accord déshonorant que nous, européens, avons passé avec la Turquie sur les migrants et les renoncements coupables aux valeurs de l’accord ChamberlainRibbentrop de 1938 pour lequel on pourrait paraphraser Winston Churchill et dire « Vous avez eu à choisir entre la peur de l’extrême droite et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez l’extrême droite ». Ou encore l’horreur absolue de la guerre en Syrie, de l’agonie d’un peuple littéralement objet de l’affrontement des grandes puissances d’aujourd’hui et qui a fait à ce jour plus de 250.000 morts dont de l’ordre de 15.000 sous les tortures les plus abjectes, et dont les convulsions sont arrivées jusqu’à nous avec les attentats qui ont meurtri Bruxelles le 22 mars et la handicapent encore aujourd’hui. Cette guerre nous renvoie aux horreurs de la guerre d’Espagne. Car si aucune guerre n’est jolie, les guerres civiles sont les plus atroces. Plus près de nous, les souffrances de la population grecque confrontée à un désastre économique inutile au sein même de notre union européenne, paralysée par la cupidité et le cynisme des Etats qui la composent, en miroir du marasme économique imposé à l’Allemagne d’après 1918, écrasée par les exigences financières des vainqueurs coulées dans le traité de Versailles, marasme qui fera le lit du nazisme. 2 Ces évènements tragiques rappellent aussi notre Université à son histoire et à ses valeurs d’engagement. Les murs de cet amphithéâtre vous racontent d’ailleurs quelques engagements pris parmi ceux de l’ULB depuis sa fondation. Dans les actions récentes, la campagne de soutien médical envers la Grèce, les bourses Khaled al’As-ad destinées aux chercheurs syriens et irakiens qui ont dû fuir la guerre et qui portent le nom du professeur d’archéologie de Palmyre décapité à 82 ans par Daesh pour le seul crime d’être un homme de culture ou encore le welcome desk créé pour accompagner les étudiants réfugiés et leur permettre de construire leur avenir sur nos campus. Toutes ces actions sont autant de preuves vivantes et fortes de notre engagement. Bien sûr, ces actions sont dérisoires devant l’immensité des défis mais elles sont ô combien essentielles si on veut rester debout face aux dérives du monde et rompre le silence assourdissant qui nous entoure. Au plan de l’humanité et de la solidarité, ces petits gestes sont accueillis avec une telle émotion qu’il n’y a pas de doute sur leur nécessité, comme le chantait Brassens dans « l’auvergnat ». C’est un des rôles de l’Université, lieu (encore) privilégié pour la pensée et l’expression de réalités qui dérangent, pour dire notre solidarité et rappeler les valeurs qui nous sont chères. Hannah Arendt a écrit que « C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal ». La sidération devant les évènements comme l’autocensure est plus dangereuse pour notre société que les évènements eux-mêmes, et l’ULB doit rester, modestement mais fermement, un lieu de réflexion et de débat qui permette de contribuer à comprendre ce qui nous arrive et à penser le monde de demain. Il faut pour cela, et j’en appelle à tous, un respect de l’autre et de ses prises de positions, afin de permettre le débat et la confrontation des idées. L’ULB a parfois eu des difficultés, ces dernières années, à veiller à ce que le débat se tienne dans la sérénité. C’est grave en fait. Le chahut n’est pas un bien grand mal, mais l’obstruction à l’expression de la position de l’autre marque le début de l’intolérance. La culture du débat est essentielle au libre-examen, conforme à notre histoire, cohérente avec nos valeurs, et est en ligne avec nos missions. Le remarquable évènement « La Religion dans la Cité » a récemment démontré que le débat sur des sujets très sensibles est possible à l’ULB. C’est essentiel, particulièrement à Bruxelles, ville profondément multiculturelle mais aussi figure internationale de par son statut de capitale de l’Europe, cette Europe riche de culture, de pensée et d’histoire sur lesquelles nous devons capitaliser pour construire notre vision de ce que le futur devrait être. Bruxelles sera d’ailleurs mise à l’honneur et promue tout au long de l’année académique par l’ULB puisque « Bruxelles, capital(e) étudiant(e) » a été choisi pour l’année thématique 2016-2017. Tout au long de cette année, des évènements seront organisés 3 autour de cette thématique et des initiatives seront entreprises. La première sera une conférence-débat entre la rectrice de la VUB, les ministres Vervoort et Vanhengel, le président de la FEF, Maxime Mori et votre serviteur sur la place des universités à Bruxelles le 29 septembre à Flagey. Nous souhaitions aussi mettre en avant nos étudiants, la jeunesse de demain et, symboliquement, honorer trois d’entre eux que je vais successivement appeler à me rejoindre sur l’estrade pour leur remettre la médaille de l’Université : • John-John DOHMEN: John-John est étudiant en dernière année en sciences de la motricité sur le campus Erasme. Et quand il n’est pas dans nos auditoires, c’est sur le gazon synthétique des terrains de hockey qu’il passe le plus clair de son temps. Grâce à un statut d’étudiant à besoins spécifiques, ses horaires de cours et d’examen ont pu être modifiés tout au long de son parcours pour lui permettre de suivre sa formation académique et sa formation sportive. Sportif de haut niveau, John-John est en effet le capitaine des Red Lions, notre équipe nationale de hockey sur gazon qui a remporté la médaille d’argent aux jeux olympiques de Rio. Il est donc la preuve que, avec l’aide de l’adaptation du cursus de la part de l’université, il est possible pour un étudiant de combiner l’excellence de sa formation académique et de sa pratique sportive. • Lola ACEDO: Lola symbolise l'engagement solidaire des étudiants du programme de tutorat porté par Schola ULB, qui est le plus grand dispositif de soutien scolaire à Bruxelles. Cette action bénévole destinée aux élèves les plus fragiles favorise la réussite au sein de 50 écoles primaires et secondaires en difficulté de la Région. Lancée par l'ULB en 1989 et récompensée par le prix Comenius de l'Unesco en 2004, cette initiative permet actuellement à quelque 1.300 élèves de bénéficier de l'accompagnement et des encouragements de 175 de nos étudiants. En 25 ans, ce sont près de 30.000 élèves qui ont pris part au tutorat, ont retrouvé goût aux apprentissages et sont redevenus acteurs de leur orientation, grâce à l'investissement d'environ 3.000 étudiants tuteurs. Lola s'est engagée auprès de Schola ULB en septembre 2015. Elle a épaulé des jeunes élèves du primaire et du secondaire. Lola s'est encore engagée dans des séances de tutorat cet été auprès d'élèves préparant leur 2ème session. Elle est l'illustration concrète et essentielle des ambitions communes de l’institution et de ses étudiants d’être des acteurs engagés dans la cité. • Thomas CSIK : en mars 2015, Thomas et cinq de ses amis issus des Facultés de Droit et de la Solvay Brussels School fondaient l’asbl QUID. Leur mot d’ordre : offrir à l’ensemble des étudiants de l’ULB une assistance juridique gratuite mais également accompagner les associations étudiantes dans leurs démarches juridiques. Depuis sa fondation, cette asbl étudiante a prouvé son utilité en traitant des questions de bail, de droits personnels 4 ou de droit des asbl. QUID a bénéficié d’une bourse Stéphane Hessel attribuée par l’ULB pour soutenir les initiatives d’engagement et de solidarité des étudiants. Thomas symbolise donc cet engagement étudiant, sa force d’innovation et de mise au service d’autrui.

LA RECHERCHE

Il est sûr que nous vivons aujourd’hui un changement radical de notre société et ce en grande partie du fait de la science et de la technologie, dont les progrès n’ont jamais été aussi considérables et rapides. C’est aussi dans ce contexte qu’il faut voir les convulsions qui nous touchent, comme le disait Antonio Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et, dans ce clair-obscur, surgissent des monstres ». Cette belle phrase nous appelle à l’optimisme, car elle nous rassure sur l’aspect transitoire des difficultés d’aujourd’hui que nous surmonterons ensemble. Il faut se centrer sur les mutations de fond, réfléchir l’université de demain et soutenir les évolutions et les progrès de la recherche. Personne ne doute plus aujourd’hui que nous vivons une époque de mutation que certains identifient comme la quatrième révolution industrielle, que Nicolas Van Zeebroeck décrivait encore récemment comme un monde globalisé, caractérisé par la combinaison des réseaux, de l’internet, du big data et du monde connecté, dans lequel les machines se révèleront progressivement non seulement plus habiles que l’homme, mais surtout capables d’apprendre et de prendre des décisions autonomes. J’y ajouterais les nanotechnologies et les progrès de la biologie qui annoncent aussi des évolutions radicales, particulièrement dans le domaine de la santé. Mais les dimensions de cette quatrième révolution ne sont pas que scientifiques et techniques et posent des questions de sciences humaines à tous les niveaux qu’une université comme la nôtre peut affronter, grâce à sa caractéristique d’université complète, pour autant que les équipes de recherche et les facultés se décloisonnent, permettant des contacts et des collaborations dans tous les domaines. Les succès de nos chercheurs dans des programmes de la plus haute compétitivité montrent que l’ULB est bien une grande université de la connaissance et de l’innovation : cette année, à nouveau trois prestigieux European Research Council Grants ont été obtenus par des équipes de l’ULB et quatre Prix quinquennaux du FNRS sur cinq ont été remportés par nos chercheurs. Les outils de la recherche de demain se développent magnifiquement, que ce soit avec la mise sur pied du centre de recherche sur le cancer CRC-ULB, pièce maîtresse de la contribution de nos laboratoires de recherche au Cancéropôle-ULB qui se développe sur le campus Erasme, l’inauguration de la maison des sciences humaines ou la planification du bâtiment Learning and innovation center sur le campus de la Plaine, bâtiment destiné à abriter une bibliothèque universitaire expérimentant les 5 technologies d’information et de communication les plus récentes et symbolisant la démultiplication de nos possibilités grâce à la coopération interuniversitaire avec la VUB. Le refinancement entamé par la FWB doit aussi renflouer les outils de financement de la recherche fondamentale écornés ces dernières années. La priorité, à mes yeux, est dans le refinancement du FNRS. Les bouleversements des sciences et des techniques atteignent déjà la planète entière, et l’internet mobile combiné au smartphone a déjà changé profondément les rapports entre les personnes aussi bien que l’accès à l’information. Ces bouleversements s’accompagnent d’une mutation du monde du travail qui se fait dans la douleur et pose avec plus d’acuité que jamais la question de l’équité dans un monde où se creuse l’inégalité sociale en même temps que la globalisation. Peut-on continuer à réclamer la mondialisation de l’économie mais le contingentement des exclus ? Comment se fait-il qu’alors que la production de richesses et la productivité n’ont cessé d’augmenter, on en vient à s’inquiéter de l’absence de travail pour tous? Ou bien sommes-nous « simplement » dans une période de mutation où la révolte contre la fermeture des usines s’apparente à celle des paysans qui, vers 1900, détruisaient les machines agricoles qui leur prenaient leur misérable gagne-pain. Voilà des interrogations qui doivent occuper la réflexion et les recherches en sciences humaines d’une université riche en talents et qui se veut à la fois citoyenne et artisane de la construction d’un monde meilleur. Ces questions ne sont pas neuves, comme l’indique ce court passage de la conférence de Martin Luther King lors de la réception de son prix Nobel de la paix de 1964 : “Yet, in spite of these spectacular strides in science and technology, and still unlimited ones to come, something basic is missing. There is a sort of poverty of the spirit which stands in glaring contrast to our scientific and technological abundance. The richer we have become materially, the poorer we have become morally and spiritually. We have learned to fly the air like birds and swim the sea like fish, but we have not learned the simple art of living together as brothers1.” L’ENSEIGNEMENT Un autre enjeu majeur de notre université est celui de l’enseignement, d’une part en local à Bruxelles comme à Charleroi pour le premier cycle, dans notre rôle d’ascenseur social, et d’autre part à l’international pour nos masters, symbolisant notre rayonnement et notre ouverture sur le monde. Le monde de l’éducation, et particulièrement les universités, sont pris dans ce tourbillon de l’évolution des technologies qui, en s’accélérant, crée des pertes de visibilité sur l’avenir et rend les choix à poser d’autant plus importants et complexes. Pour illustrer les risques associés à une époque de rupture comme la nôtre, je voudrais relayer ici une 1 Martin Luther King, Discours pour la remise du prix Nobel de la paix. 11 décembre 1964. http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/1964/king-lecture.html 6 analyse d’un groupe de réflexion de Pearson qui soulignait le caractère somme toute vieillot et très « old England » des critères des rankings (publications dans les journaux scientifiques, prix Nobels, ratio d’encadrement des étudiants, citations, HiCi dans Nature ou Science…) pendant que l’évolution de la diffusion de la connaissance se trouve en ligne dans Google, c’est-à-dire hors des bases de données des « rankeurs », et que les plus grandes classes d’enseignement sont progressivement des classes virtuelles d’étudiants indiens ou brésiliens apprenant en ligne, rendant les indicateurs utilisés aussi aveugles au changement qui se développe sous nos yeux que les grandes agences de notation au naufrage annoncé de Lehman Brothers. A nous d’être vigilants et de ne pas nous laisser aveugler. Il faut regarder l’évolution du monde en face, pour penser ensemble et surtout à temps l’université de demain. Ce sera la tâche des états généraux de l’éducation, une des pierres d’angle de mon programme et une contribution essentielle au plan stratégique de l’université que nous allons écrire tous ensemble, comme l’a rappelé le Président en début de séance. Comment appréhender le monde de l’enseignement dans dix ans ? Quel sera l’apport réel des nouvelles technologies de l’information et de la communication à l’enseignement ? Quelle sera demain, dans le monde de l’éducation supérieur, la place relative de « l’université virtuelle » enseignant en ligne et de l’enseignement résidentiel ? Mais surtout, quelles sont les compétences qui seront prioritaires à acquérir pour nos étudiants dans un monde où les données sont disponibles au bout du doigt en un clic de souris et où l’adaptabilité à un monde en perpétuel changement sera primordiale ? Comment d’autres institutions, près de chez nous ou à l’autre bout du monde, abordent-elles ce changement planétaire du rapport à l’apprentissage et à la connaissance ? Voilà autant de questions essentielles et passionnantes qui vont nous occuper dans les années à venir.

BRUXELLES

Quel lien avec Bruxelles, capital(e) étudiant(e), me direz-vous ? De multiples liens, et à bien plus d’un titre. D’abord Bruxelles est une ville jeune et l’avenir est à la jeunesse. C’est une ville dont la population croît depuis 1995, qui est non seulement la plus jeune ville de Belgique mais qui se rajeunit, pendant que la plupart des autres « vieillissent ». C’est aussi une ville extrêmement cosmopolite, puisque 30% de sa population est d’origine étrangère, en majorité (2/3) de nationalité européenne. On entend donc à Bruxelles une multitude de langues, et pas seulement le français, le néerlandais ou l’arabe comme on le dit parfois. Il résulte de ces données des besoins d’éducation importants mais aussi un potentiel, un capital, lié à la vitalité et l’adaptabilité de la jeunesse. Bruxelles a donc bien un capital étudiant, et est bien une capitale étudiante. Vous remarquerez en passant que le titre de mon intervention a été 7 particulièrement attentif à l’équilibre des genres avec les mots capital/capitale, étudiant/étudiante. Ensuite, Bruxelles est aussi, par sa situation, ses institutions européennes et sa très grande population étrangère, un formidable pôle d’attraction et une formidable fenêtre sur le monde, qui en attirent plus d’un qui nous envient d’être une Université installée dans la capitale de l’Europe, et qui peut penser local et global. Bruxelles est la plus grande ville étudiante de Belgique, avec 86.626 étudiants dans les institutions d’enseignement supérieur. Si cela se voit en fin de compte assez peu, c’est à la fois en raison de la dispersion des campus et de la taille de Bruxelles. La moitié de ces étudiants bruxellois sont inscrits dans une université et les hautes écoles et les écoles des arts comptent donc aussi pour une grande part de la population étudiante bruxelloise. L’ULB est de loin la première institution universitaire à Bruxelles du côté francophone avec 26.000 étudiants, alors que notre université sœur la VUB fait de même du côté flamand avec 15.000 étudiants. Si je mentionne ici la VUB, dont je salue au passage la nouvelle recteure, Caroline Pauwels, qui nous fait l’honneur d’être avec nous, ce n’est pas parce que, de manière croissante et progressive, ces dernières années, les deux universités ont conclu de multiples collaborations et développé des synergies de plus en plus nombreuses, et ce dans les domaines de l’enseignement, de la recherche, ou des infrastructures. Ce n’est pas non plus en raison du « Brussels Studies Institute » qui gère depuis de longues années, en partenariat entre les trois universités bruxelloises ULB, VUB et Saint-Louis des études scientifiques remarquables sur Bruxelles qui m’ont servi de source principale d’information pour les données bruxelloises de ce discours de rentrée académique. Non, si je mets en avant aujourd’hui l’ensemble que constituent nos deux universités, c’est pour souligner que les rapprochements en cours marquent une évolution conforme à l’histoire qui ne sont en rien une nostalgie du passé. En effet, même si cela s’est fait toujours en bonne entente contrairement au « Walen buiten » de Leuven de 1968, nos deux universités ont eu besoin de développer une identité propre attachée à leur communauté et à leur culture, tout autant que de s’adapter au paysage institutionnel de « développement séparé » de l’enseignement supérieur. Mais aujourd’hui, le contexte a changé : les clivages belgo-belges (que ce soient les piliers ou le communautaire) doivent devenir secondaires pour nos universités confrontées à la globalisation du monde de la connaissance. Les enjeux de la région comme ceux de la compétition universitaire mondiale nous conduisent à unir nos forces, à partager les coûts d’infrastructure, ou à renforcer mutuellement nos capacités de recherche. Même les langues qui nous séparaient deviennent un atout pour le développement de l’enseignement multilingue. Nos valeurs sont les mêmes, notre histoire est partagée, nos campus sont mitoyens. L’ensemble ULB-VUB représente 40.000 étudiants et 3.500 doctorants. Il est le plus important employeur de la capitale, avec 14.000 emplois dont 6.500 dans les hôpitaux académiques. Il 8 est aussi en lien étroit avec l’essentiel du réseau hospitalier bruxellois et forme, quoi qu’on en dise, l’identité universitaire de Bruxelles. Mevrouw de Rector, beste Caroline, samen zijn we de “University of Brussels”. Bien sûr, nous ne sommes pas que Bruxellois, et nous avons des implantations très importantes en Hainaut, en priorité à Charleroi. Le Biopark de Gosselies est une réussite remarquable avec 3 instituts de recherche, 35 entreprises, un incubateur, 1.100 emplois et un centre de formation continue qui forme 850 adultes par an. Cette implantation est renforcée aujourd’hui de manière décisive avec l’ouverture du campus de la ville haute et la réhabilitation du bâtiment Gramme. Notre stratégie de développement est claire : c’est une stratégie de partenariat et de coopération. C’est le cas en Hainaut, où nous avons conclu un accord avec l’UMons pour développer ensemble les enseignements sur Charleroi, et où nous collaborons avec une série d’acteurs locaux, la haute école Condorcet, les écoles de la province, l’Université ouverte, l’ISPPC. C’est le cas sur Bruxelles, illustrée par les projets avec la VUB et l’offre faite à Saint Louis. C’est enfin le cas avec les hautes écoles qui développent avec nous des partenariats de plus en plus nombreux, dans le respect des compétences et des spécificités de chacun. Nos liens avec les hautes écoles ne cessent de se raffermir, tant avec les hautes écoles du réseau officiel que libre. Le lancement, avec l’IHECS, d’un master en évènements culturels, en est un bon exemple. Nous nous rapprochons même géographiquement, avec l’accueil de la haute école libre de Bruxelles Ilya Prigogine sur notre campus Erasme, ou le futur bâtiment des sciences et des techniques dont nous achevons la programmation et qui va voir le jour sur le campus de la Plaine et accueillera les bâtiments des filières d’ingénieurs industriels de l’ISIB et l’ESI, réalisant un rapprochement inédit et très stimulant entre ceux-ci et les ingénieurs de notre école polytechnique. L’ULB croit à la coopération entre institutions plus qu’à la recherche du gigantisme à tout prix, car l’avenir est aux réseaux collaboratifs. L’avenir est bien à la coopération régionale pour soutenir Bruxelles, au décloisonnement des réseaux pour renforcer l’offre d’enseignement, à la mise en commun de nos capacités et de nos équipes de recherche pour affronter une compétition internationale. Pour les jeunes générations confrontées à l’angoisse du lendemain dans un monde incertain, le diplôme du supérieur est aujourd’hui le meilleur atout pour l’emploi (trois fois moins de risques d’être chômeur). Il constitue également pour la région un gage d’attraction des activités économiques et des entreprises innovantes. Grande ville étudiante, Bruxelles est aussi une ville étudiante attractive, puisque 63% de nos étudiants viennent de l’extérieur de la région de Bruxelles-Capitale. Les jeunes sont donc notre fenêtre sur le monde et ce sont eux qui vont faire 9 le lien entre enseignement et recherche, une clef pour la réussite d’une université comme la nôtre. Chers Collègues, chers étudiantes, chers étudiants, l’avenir est à nous si nous nous montrons capables d’apprivoiser le changement inévitable et d’y inclure nos valeurs, nos priorités et nos ambitions. L’ULB est une institution riche de ses étudiants et de son personnel, dont le principal défaut est de ne pas en être suffisamment fière. Pour ma part, je suis convaincu que notre avenir nous appartient, et que c’est ensemble qu’il faut sortir par le haut des difficultés, avec ambition et optimisme. Mon équipe de vice-recteurs - 3 hommes et 3 (bientôt 4) femmes - sont à pied d’œuvre et ont reçu certaines nouvelles compétences, comme la culture en lien avec les affaires étudiantes, Bruxelles, la diversité ou le plan stratégique. L’accueil du Président du Conseil d’administration, Pierre Gurdjian, du Directeur général Michel Loeb, des Directeurs de département, les marques de sympathie reçues des Doyens et des Facultés comme de nombre d’entre vous, l’ambition des nombreux projets en cours sont autant de signes d’une Université forte et chaleureuse. Bien sûr, le monde se dérobe aujourd’hui sous nos pieds. Mais nous devons remplir notre rôle citoyen et lutter pour le monde dont nous rêvons. Et puisque j’ai ouvert ce discours de rentrée sur une phrase de Karl Marx, pour être de bon compte je le conclurai sur une phrase de Winston Churchill qui disait : « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité. Un optimiste une opportunité dans chaque difficulté ». Soyons donc optimistes et saisissons les opportunités du monde à venir.

Vive Bruxelles,

Vive l’ULB !